ONG DAPI-BENIN

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LAUREAT 2013 DU PRIX DES DROITS DE L'HOMME

DE L'AMBASSADE DE FRANCE AU BENIN

             

 

 

 

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La Journée de la Femme à la prison d'Abomey

Abomey - 5 avril 2013 -

 

Aujourd’hui,  à la Prison civile d’Abomey, une cérémonie émouvante a eu lieu, à l’instigation de DAPI-Bénin : la célébration de la Journée de la Femme, certes un peu en retard par rapport à la date officielle du 8 mars, mais la vie dans l’univers carcéral est un long jour sans fin et la date importait finalement peu.

 

En fin de matinée, le Procureur de la République auprès du Tribunal de première instance d’Abomey, le Juge des mineurs et d’autres personnalités officielles sont arrivées pour présider la première partie de la cérémonie.  Plusieurs discours ont été prononcés, d’abord par le Procureur, qui a rappelé que le sort des femmes prisonnières n’était pas ignoré, ni oublié des autorités et que lui-même cherchait des solutions pour une libération en toute sécurité des femmes libérables, ce qui n’est pas forcément facile.  Il a pour conforter son propos raconté un drame qui s’est déroulé hier : une prisonnière pour sorcellerie et charlatanisme  libérée  après des années en prison et rentrée chez elle a été assassinée par un jeune, poignardée comme sorcière responsable de plusieurs morts dans le village. Dominique Sounou a, lui, évoqué la vie des femmes en prison.

 

Les femmes avaient écrit elles aussi un discours demandant qu’on ne les oublie pas et qu’on les fasse sortir de la prison, beaucoup d’entre elles ayant des enfants qui les réclament.  Elles ont promis de s’amender et de tout faire pour ne jamais revenir ici. Beaucoup d’émotion, beaucoup de tristesse et de joie à la fois pour ces femmes de se sentir écoutées. Beaucoup de pleurs chargés d’espoir, dans cette cour où vivent ….femmes.

 

Après les discours, la fête a continué dans la cour des femmes. DAPI-Bénin, par le biais de Dominique et d’Isabelle, avait préparé un repas copieux pour elles (et pour les mineurs garçons logeant dans une cour juxtaposée à la cour des femmes, les jeunes filles vivant avec leurs aînées). Après cette bonne collation, place à la musique et aux danses, moment de détente pour oublier un quotidien si dur. Ce n’est qu’en fin d’après-midi que l’équipe de DAPI-Bénin a quitté les lieux, bien décidée à trouver d’autres occasions pour égayer le quotidien carcéral et pour persuader ces femmes qu’elles font toujours partie de la société, même si actuellement elles ont une peine de prison à purger.

 

 

 

 DISCOURS DES FEMMES :


Son excellence Madame le Ministre de la Justice ou son représentant,

Son excellence Monsieur le Procureur du Tribunal de Première Instance (TPI) d’Abomey,

Son excellence Monsieur le Juge d’Instruction (3ème Cabinet),

Son excellence Monsieur le Préfet du Zou et des Collines,

Son excellence Madame la Directrice Départementale de la Famille,

Son excellence Monsieur le Maire de Bohicon ou son représentant,

Son excellence Monsieur le Maire d’Abomey,

Son excellence Monsieur le Régisseur de la Prison Civile d’Abomey et ses collaborateurs,

Chères Autorités à divers niveaux,

Chers Invités,

Nous les prisonnières d’Abomey, nous vous souhaitons la bienvenue et vous prions d’accepter nos vœux les meilleurs pour cette année 2013 comme le demande la tradition. Nous profitons de la présente occasion pour porter à votre connaissance ce que nous endurons dans cette maison d’arrêt. Nous, les femmes de cette prison, nous sommes incarcérées pour diverses causes. Nous n’y sommes pas toutes pour assassinat ou pour sorcellerie. Parmi nous il y a des condamnées et des non condamnées. Nous le disons parce qu’il y en a qui ont déjà passé des années sans être écoutées une seule fois afin de savoir les causes de leur arrestation. Très peu de femmes sont libérées chaque fois. Nous sommes oubliées. Les cautions infligées aux femmes sont exorbitantes, ce qui complique la peine de ces dernières, et elles passent encore de très longues années sans pouvoir retrouver leurs enfants et la pénitence continue.

Monsieur le Procureur de la République, notre séjour dans cette maison d’arrêt crée de lourds problèmes à la société, nos enfants filles et garçons sont livrés au banditisme, à la drogue et à la prostitution.

Monsieur le Procureur, chères autorités, chers invités, nos peines sont multiples et multiformes dans cette maison d’arrêt ; regardez autour de vous : nos souffrances ne sont plus à démontrer. Nous les femmes de la prison civile d’Abomey sommes comme des animaux jetés dans un trou sans issue car l’espace réservé à nous ne nous permet même pas de marcher ou de faire des mouvements. Ne dit-on pas que la marche est bonne pour la santé ? Nous sommes toutes atteintes d’arthrose et de multiples maladies de la peau, des reins et j’en oublie... Les plus jeunes parmi nous ont atteint la ménopause précoce.

Chères autorités, Monsieur le Procureur de la République, nous vous informons que dans cette maison d’arrêt, séjournent aussi des couples, c'est-à-dire que pères et mères sont là. Quel sort  est réservé aux enfants en ce moment ?

Dans cette maison d’arrêt, les produits d’hygiène manquent cruellement, les lieux d’aisance sont insuffisants, une seule douche pour le nombre de femme que nous sommes.

 Monsieur le Procureur et chères autorités, ici où nous sommes est un lieu d’éducation sans pareil qui nous a permis de connaitre un peu la loi afin d’éviter ce qui nous y a conduit : c’est pourquoi nous demandons toutes pardon au Procureur de la République.

Monsieur le Procureur de la République, nous sommes toutes à genoux vous demandant de bien vouloir étudier nos dossiers pour nous permettre de vite retrouver nos enfants. Certaines parmi nous sont des nourrices. Pensez-y.

Pour finir, nous remercions sincèrement l’ONG DAPI –BENIN et tous ceux qui y travaillent pour les soutiens qu’ils nous apportent chaque jour que Dieu fait.

Une fois encore merci à toutes et à tous.

Je vous remercie au nom de toutes les femmes de cette Prison d’Abomey.