ONG DAPI-BENIN

(Dispensaire Ami des Prisonniers et des Indigents)

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LAUREAT 2013 DU PRIX DES DROITS DE L'HOMME

DE L'AMBASSADE DE FRANCE AU BENIN

             

 

 

 

     DAPI-FRANCE

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Un seul nom :  DAPI,

 

Une seule volonté :

 

aider les prisonniers et leurs familles.

CHRONIQUE  D’UNE  AMPUTATION

(reportage SyD  - séjour mars 2016)

 

Le 19 avril 2016, G. est amputé au 1/3 supérieur de la cuisse droite. Il a environ 23 ans. Il ne courra plus derrière les troupeaux.

 

G. est un nigérian haoussa, un itinérant, sans attache et sans famille identifiables. Son métier : gardien de troupeau de bœufs. Sa langue : le haoussa, une langue du Nord-Est du Bénin et du Nigéria qu’on n’utilise pas à Bohicon ; il ne parle que cette langue et le peul, l’autre langue des pasteurs.

 

A l’occasion d’un vol de bétail, dans des conditions mal précisées, des coups de feu sont échangés. G. est blessé et arrêté sans soins immédiats, malgré sa jambe droite pleine de plombs. Malheureusement, une infection s’installe qui va évoluer vers la gangrène de tout le membre inférieur, jusqu’au-dessus du genou.

 

A son arrivée à la prison civile d’Abomey, la souffrance de G. est atroce, l’odeur de pourriture aussi. G. est dirigé sur le service de chirurgie de l’hôpital départemental du Zou, à Goho. L’amputation en haut de la cuisse est la seule façon de le sauver.

 

A mon arrivée à la prison, on m’a prévenue de la présence à l’hôpital de G. et de son état de santé préoccupant. Dominique Sounou et  moi-même, nous allons le voir une première fois le 24 mars. G. est couché sur un matelas directement sur la housse en plastique, seul dans sa chambre, enchaîné par son pied gauche au pied du lit. Il n’est pas possible de le libérer. Il pourrait s’enfuir, même sur une jambe ! L’administration pénitentiaire ne dispose pas d’assez de gendarmes pour en mettre un devant la chambre jour et nuit.

 

Dominique est venu avec un interprète peul. G. nous raconte son histoire. Nous lui expliquons le rôle d’aide que peut lui apporter DAPI, un support dans son quotidien de prisonnier malade et non le rôle d’un avocat ou d’un intervenant juridique. G. n’entend rien à nos explications ; Il est obnubilé par une seule demande : qu’on le détache. Il n’a pas l’air de trop souffrir. Le chirurgien qui accepte gentiment de nous recevoir nous renseigne sur son état : pas de fièvre, mais une plaie qui continue à suppurer traitée par un antibiotique fourni gracieusement par l’hôpital, mais dont le spectre ne convient pas parfaitement à cette infection (au Bénin, ce sont les malades ou leurs familles qui achètent les médicaments, même à l’hôpital, car il n’y a pas de protection sociale). Je m’engage pour DAPI-France à fournir les produits nécessaires et à les récupérer à la pharmacie de ville proche de l’hôpital.

 

Le problème d ‘une garde-malade quelques heures par jour est évoqué pour l’aider à faire sa toilette, à prendre son traitement… Compliqué de gérer les moindres gestes de la vie quotidienne quand on n’a qu’une jambe et qu’on est enchaîné au lit par l’autre ! Heureusement, le repas, lui aussi habituellement fourni par la famille, est apporté des cuisines de l’hôpital trois fois par jour, après accord avec la prison.  

 

Le problème de la garde-malade ne sera pas résolu.

 

25 mars. Je reviens voir G., avec mon amie Madeleine, ma traductrice attitrée. Le chirurgien nous a indiqué un autre jeune patient, lui aussi amputé, qui parle peul et fon. Madeleine parle fon et français. Je suis sauvée ! Cette barrière de la langue est vraiment un problème, mais on arrive toujours à trouver une solution ; c’est simplement chronophage. 

 

 Les médicaments que j’ai rapportés hier n’ont pas été donnés. J’explique à nouveau le traitement et G. s’approprie les boîtes : il a compris ! Toujours pas de fièvre, mais un pansement tout souillé de sang et de pus. G. a faim ; les rations de l’hôpital sont insuffisantes, comme je le constaterai personnellement quelques jours plus tard. Nous lui rapportons des boules d’acassa, du pain et de l’eau en bouteille. La dénutrition favorise la surinfection et retarde la cicatrisation. G. est d’ailleurs extrêmement maigre.

 

Je passe presque tous les jours à midi pour apporter une ration alimentaire. Souvent seule, mais je n’ai plus besoin de traducteur pour m’occuper de G.. Il commence toujours par me parler de sa chaîne, puis on change de sujet.

 

Un jour, ma curiosité de médecin est satisfaite : je peux voir la plaie, recousue à gros points car la suppuration continue. Pourtant ce n’est pas que j’arrive à l’heure du pansement. La plaie est à l’air libre. Simplement, me dit le chirurgien que je cherche dans l’établissement, il n’y a plus de bande, ni de compresse. G. qui n’a pas accès à un quelconque bassin s’est tellement souillé qu’on a dû jeter toutes les bandes. Déjà ce travail de toilette réservé aux familles a heureusement été fait par le personnel. Difficile pour moi, blanche, médecin qui travaille dans des conditions de rêve par rapport à ici, de protester. Mieux vaut essayer de trouver des solutions.

 

 Je repasse donc par la pharmacie où je suis très connue maintenant, prends un stock de compresses et de bandes, trouve les infirmières pour leur demander de revenir faire le pansement. Entre temps, quelques compresses propres ont été posées sur la plaie. Le lendemain, je suis contente de voir un pansement parfaitement fait.

 

A mon départ, je suis inquiète du devenir de G. et m’en confie à différentes autorités de la prison. Je suis prévenue du jour de son retour un matin, lors de mes consultations  à mon cabinet lyonnais, et j’ai un peu de mal à garder mon calme quand je comprends qu’il va sans doute devoir dormir la nuit dans la « chambre » la plus surpeuplée de la prison, celle où on dort debout. Heureusement, sa situation est réévaluée, il dormira dans de meilleures conditions et lui qui est nu, on lui donne deux pantalons et deux chemises. Les pansements sont faits à l’infirmerie de la prison.

 

 

Depuis j’ai eu G. au téléphone une fois (pour se dire bonjour simplement, toujours la barrière de la langue). Il va bien.