ONG DAPI-BENIN

(Dispensaire Ami des Prisonniers et des Indigents)

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LAUREAT 2013 DU PRIX DES DROITS DE L'HOMME

DE L'AMBASSADE DE FRANCE AU BENIN

             

 

 

 

     DAPI-FRANCE

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Un seul nom :  DAPI,

 

Une seule volonté :

 

aider les prisonniers et leurs familles.

ENTRE FEMMES

 

(Reportage de SyD – mars 2016)

 

Aucun séjour ne me paraît envisageable sans passer du temps avec les mamans et les bébés de la prison. J’ai donc organisé un nouveau goûter : pain et confitures, sucreries fraîches en boisson.  Aucune d’entre elles ne connaissait la confiture d’abricots et de fraises ; elles en ont gardé dans leurs écuelles pour plus tard. Les petits ont été adorables, tout souriants. Madeleine ma traductrice étant avec moi, nous avons pu discuter un peu.  Toutes sont prévenues, pas de condamnée. L’une d’elles veut absolument me montrer son acte d’inculpation : pour meurtre. Elle ne lit pas le français, elle ne parle que le fon.

 

Les autres femmes, dans leur cour, m’accueillent bien aussi. Je m’assois un moment dans chacune des deux « chambres ». Les demandes sont simples : de l’eau, de la nourriture, un balai-brosse pour nettoyer le coin toilette qu’on me montre et, pour plusieurs femmes, des médicaments pour ne pas se gratter. Peut-être la gale, mais les lésions cutanées sont remaniées par des mois de grattage et je suis étonnée que toutes ne l’aient pas attrapée vu les conditions de promiscuité. Elles couchent en effet les unes contre les autres sur des nattes. Je laisse ce problème qui me paraît complexe à résoudre pour un prochain séjour.

 

Je rencontre les deux mineures incarcérées du moment : une petite de 13 ans qui paraît un peu perdue et la jeune infanticide qui arrive à ses 18 ans. Elle a beaucoup changé en deux ans. L’enfant perdue que j’ai connue en 2013 est devenue une prisonnière qui sait se défendre et a beaucoup de répartie, même si je ne comprends rien. Tout le monde ici me dit très sérieusement que je dois apprendre le fon. J’ai acheté un livre pour débuter en France, mais c’est difficile.

 

Il y a aussi deux « vieilles » qui sont dans des cellules individuelles d’environ un mètre sur deux, la porte ouverte heureusement. L’un d’elles au moins est paralysée. On ne les sort jamais de leur gourbi. J’ai du mal à comprendre pourquoi. Sans doute me manque-t-il des informations. En tout cas, lors de mon deuxième passage pour apporter savons et sacs de riz (150 kg), je proteste en tant que médecin sur ces conditions de vie et le respect que l’on doit aux anciens.

 

La distribution des savons, sachets de lessive et riz se passe bien. Plus de dispute quand je me fâche et que je menace de partir. Elles ont peur qu’il n’y en ait pas pour tout le monde, je les comprends, dans un tel dénuement ! Je les rassure et leur explique que si mes passages déclenchent des bagarres, je vais me faire exclure de la prison. Or je suis là pour leur amener un peu de confort et je veux pouvoir continuer. Ce discours me paraît entendu. A suivre lors des distributions par Madeleine et Dominique Sounou en mon absence !

 

 J’ai amené deux balais-brosses finalement, un pour la cour, un pour les toilettes.

 

 

Ces femmes n’ont rien à faire, pas d’atelier, pas de télé. Il y en avait une il y a deux ans, elle a dû tomber en panne. Un autre sujet de réflexion à mener pour DAPI. Certaines d’entre elles sont condamnées à de lourdes peines.