ONG DAPI-BENIN

(Dispensaire Ami des Prisonniers et des Indigents)

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LAUREAT 2013 DU PRIX DES DROITS DE L'HOMME

DE L'AMBASSADE DE FRANCE AU BENIN

             

 

 

 

     DAPI-FRANCE

             69630 Chaponost

        Tél :+ 33 6 09 69 54 42

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Un seul nom :  DAPI,

 

Une seule volonté :

 

aider les prisonniers et leurs familles.

Retour à la cour des femmes  

(SyD ; séjour de juin 2016)

 

C’est dorénavant une tradition, pas de séjour à Abomey sans aller aux nouvelles dans la cour des femmes, toujours contentes  de m’accueillir. Tristes nouvelles : les deux « vieilles » qui « vivaient » dans les cellules individuelles sont mortes.  Bonne nouvelle aussi : pas de problème d’eau actuellement !

 

Je passe un moment assise sur un petit tabouret dans chacune des deux chambres. Les femmes de tout âge sont assises sur la natte sur laquelle elles dorment. La communication est limitée, mais comme chaque fois, elles rient beaucoup, notamment de mes tentatives désespérées de parler fon. Je vois qu’elles sont satisfaites que j’essaie d’apprendre leur langue.

 

Certaines sont très vieilles, toutes ridées. Presque toutes sont maigres. Elles apprécient que je les salue toutes individuellement. Parfois il se passe des mois sans qu’elles n’aient de la visite. Certaines n’en ont jamais.

En sortant de l’une des deux chambres, je regarde la coiffeuse faire de belles tresses à une de ses congénères incarcérées. Certainement contre rétribution. Certains métiers continuent à s’exercer dans la prison.

 

Deux mamans avec leur fils se sont battues, deux coépouses (la polygamie existe au Bénin). Elles sont consignées à l’intérieur : pas de sortie pour passer la journée dans la « Maison des mamans ». Les deux petits garçons ne me quittent pas d’une semelle. Nous faisons les marionnettes, nous chantons. Une troisième maman veut me donner son fils pour que je l’emmène en Europe. Ce n’est pas la première fois.

 

Les demandes ne concernent que deux nouveaux balais-brosses. Toutes les prisonnières savent que l’approvisionnement en riz et en savon et lessive est assuré régulièrement tous les mois .

 

Avant mon départ, une femme qui prépare des beignets m’en offre un, tout chaud, très bon. Elles les vend à 25 FCFA pour la plupart aux hommes. C’est d’ailleurs ce qui a donné l’idée à DAPI de lancer un atelier de beignets à la prison de Lokossa où je me rends le lendemain. La dizaine de femmes incarcérées est heureuse de recevoir savon et lessive aussi. La régisseure leur explique en ma présence qu’elles vont pouvoir fabriquer des beignets pour les vendre, le matériel et les ingrédients nécessaires leur étant fournis par DAPI. Au départ, elles ont compris que DAPI leur donnait de quoi se faire des beignets  qu’elles allaient manger tout de suite. La faim est omniprésente.

 

Quelques jours plus tard, après les 66 femmes d’Abomey, je rencontre les 43 de Porto-Novo. Le lieu n’a pas changé en trois ans. Toujours la même rigole qui traverse en longueur la petite cour pour l’évacuation des eaux sales.  Quatre chambres où se répartissent les prisonnières. Nous parlons un peu, elles ont toutes la place de se coucher sur une natte. Elles réclament des moustiquaires et des bouilloires en plastique pour les dix femmes musulmanes afin qu’elles puissent effectuer leurs ablutions ; nous sommes en plein ramadan. Il y a deux mamans avec un bébé et un petit garçon. Elles n’ont rien à faire de la journée, pas de distraction, pas de télé, pas d’atelier. Il existait un atelier de vannerie, mais il s’est arrêté. Quand les personnes qui sont responsables d’un atelier sont libérées, il n’y a pas de poursuite du travail.

 

J’ai oublié les savons et la lessive. Vraiment dommage car il y en aurait vraiment eu besoin. Je reviendrai ici lors de mon prochain séjour en septembre.

 

 

 

 

La maison des mamans à la prison d'Abomey.
La maison des mamans à la prison d'Abomey.