ONG DAPI-BENIN

(Dispensaire Ami des Prisonniers et des Indigents)

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LAUREAT 2013 DU PRIX DES DROITS DE L'HOMME

DE L'AMBASSADE DE FRANCE AU BENIN

             

 

 

 

     DAPI-FRANCE

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Un seul nom :  DAPI,

 

Une seule volonté :

 

aider les prisonniers et leurs familles.

En direct du Bénin : une semaine avec les mineurs dans la prison d’Abomey.

Les newsletters se suivent et se ressemblent. Difficile de faire le buzz avec nos activités au Bénin. Pourtant chaque jour passé à Abomey à la prison ou à l’internat des enfants apporte son lot de nouveautés tant dans la joie que dans l’amertume.

Lundi.

Çà y est ; je suis revenue. Je retrouve mes petits ! Sur 12 incarcérés actuellement à Abomey, j’en connais déjà la moitié. Eux sont heureux de me voir. Les autres me regardent avec curiosité. Nous faisons le point des problèmes. La situation est plutôt bonne : il y a de l’eau, le puits en fournit suffisamment et la citerne est à moitié pleine ; à 12, ils ne sont pas trop serrés dans leur chambre. Quelques problèmes de santé : des lésions cutanées prurigineuses que je ne sais pas comment soigner ici, même  si je suis médecin ; le contexte de promiscuité et de nattes partagées ne permet pas d’avoir les conditions nécessaires  à éradiquer une gale si c’est de cela qu’il s’agit. Les jeunes soulignent que deux savons par mois ne suffisent pas à assurer une bonne hygiène corporelle, ce qui est dommage maintenant qu’il y a de l’eau. Nous allons remédier à cela en fournissant 3 voire 4 savons. La plaie de la jambe de J. n’est pas guérie ; ses parents ne viennent jamais ; il faudra aller pour lui à la pharmacie…

Mardi.

Les jeunes s’ennuient beaucoup. La caisse de jeux a disparu. Il n’y a plus de télévision. J’ai amené un journal de foot et une revue de photos. Deux sont apprentis coiffeurs, le coiffeur de la prison officiant dans la cour des mineurs. Il faudrait une autre tondeuse car celle-ci chauffe beaucoup. Le tailleur de la cour, lui, a été libéré.  Plus personne pour suivre S. en apprentissage. Il faut convaincre le tailleur de la cour des majeurs de venir lui donner des cours, notamment de coupe. S. sait se servir de la machine à coudre, il me recoud d’ailleurs la couture de ma chemise. Mais il n’a pas de bons ciseaux, pas de fil, pas de fer.  Petit aller-retour en ville et le matériel nécessaire est là. DAPI offre du  tissu de pagne pour faire une tenue à chacun des mineurs. Reste à faire un contrat avec le tailleur. Ici, pas de patron en papier pour la coupe ; on taille dans le tissu directement, d’où la nécessité d’un apprentissage pour ne pas gâcher du tissu.

Mercredi.

Une grande joie aujourd’hui : la sortie d’un des 12 mineurs. Depuis deux mois, R. est prisonnier dans la cour des mineurs. Il fait partie du petit nombre de ces jeunes qui parlent le français et m’a servi hier de traducteur pour ses camarades. R. est déjà passé devant le juge des mineurs et il a appris hier du greffier présent à la prison que sa caution était fixée à 50000 FCFA. Ses parents peuvent payer cette caution et ils sont là, sous le manguier, assis sur un banc dans la cour de la prison à attendre sa libération. R. est en terminale ; bon élève, il m’affirme qu’avec les vacances de Pâques qui arrivent, il va pouvoir récupérer son retard et sans doute réussir son baccalauréat. Tant mieux. La simple traversée de la cour des majeurs obligatoire pour aller au parloir, au tribunal… a dû le marquer et on peut espérer qu’il restera désormais honnête.

J’entends votre question en off : qu’est-ce qu’il a fait ? Je n’en sais réellement rien. Je ne suis ni juge ni avocat. Quand on connait le motif d’incarcération, la relation est viciée ; il m’a fallu par exemple du temps pour aider un jeune mineur condamné à 5 ans de prison pour viol car je ressens beaucoup de violence en moi en l’encontre des violeurs. Mais ce n’est pas équitable dans le cadre de notre travail. Tous ont droit à la même attention. Il faut dépasser son vécu personnel pour travailler ici. Donc  je suis juste « Maman » pour eux. Maman, ici, c’est un titre de respect. Moi, je voulais qu’ils m’appellent  Sylvie. Mais çà ne correspond pas aux coutumes et à l’affection qu’ils me portent. Quand je les ai quittés, pour me taquiner, ils ont répondu en cœur à mon salut par un « Au revoir Maman » bien clamé avec des rires dans leur voix.

Jeudi.

Distribution mensuelle de nourriture de DAPI. C’est devenu un rituel bien géré. Tout est préparé par mon amie Madeleine à l’avance : les 50 kilos de riz sont partagés de façon très équitable dans les petits sacs en plastique noir ; piment, sauce tomate, sel… Madeleine pense à tout comme si c’était pour elle. Une aide inestimable car malgré mes 16 séjours ici, ma connaissance du pays reste encore insuffisante pour saisir toutes les subtilités culturelles béninoises.

Vendredi.

Les mineurs devaient me faire à manger, mais il n’y a plus de charbon de bois. Donc pas de repas en dehors de la ration de 10 heures, cette petite boite en plastique remplie de pâte aujourd’hui si mauvaise que, malgré leur faim, beaucoup en ont jeté dans la rigole qui emporte l’eau sale de la cour. Le problème de la qualité de l’alimentation reste énorme.

Certains mineurs me montrent des dessins réalisés sur le papier que j’ai apporté dans la semaine.  L’un d’eux, déjà présent en décembre, commence vaguement un discours sur l’inutilité du cahier pour certains ; puis il sourit en me regardant, un souvenir lui revient visiblement en mémoire. Mon discours d’éducation citoyenne du 10 décembre, date anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, aurait-il porté ? Eh oui, c’est bien de cela dont ce jeune se souvient ! Une preuve de l’utilité et de la nécessité de notre travail. Travail de fourmi au milieu d’une termitière, mais il faut s’accrocher.

 

La semaine passe vite. Tout prend du temps ici. Problème de la langue déjà. Il faudrait que j’apprenne le fon, tout le monde ici me le réclame, mais c’est bien compliqué.

Quitter les mineurs est toujours source de mal-être. Il y a tant à faire pour construire avec eux un avenir  qui ne repasserait pas par la case prison. C’est toute la mission du projet Re-Vivre de DAPI-Bénin qui tarde malheureusement à trouver son financement.

 

-Il est interdit de prendre des photos en prison-